Dans le langage courant, les termes parole, langage et communication sont souvent utilisés de façon interchangeable. Toutefois, ces mots sont-ils des synonymes ? Eh bien non !

Voici comment mieux distinguer ces termes :

La parole

La parole réfère à la façon de produire et percevoir les consonnes et les voyelles de toutes les langues du monde. Elle peut être considérée comme référant aux composantes perceptuelles et motrices du langage oral. Plus précisément, elle inclut les éléments suivants : 

  • La voix. Elle réfère à la façon dont nous utilisons nos plis vocaux (aussi appelés cordes vocales), dans le larynx, et notre respiration (en particulier l’expiration) pour produire les sons de la parole. Notre voix varie notamment en intensité et en hauteur, c’est-à-dire qu’elle peut être plus ou moins forte et plus ou moins aiguë. Ces paramètres sont déterminés par la contraction et l’extension des plis vocaux.
  • L’articulation. Il s’agit de la façon dont nous utilisons nos articulateurs, incluant nos lèvres et notre langue, pour produire les sons de la parole. Par exemple, nos lèvres sont arrondies pour produire le son /o/ alors qu’elles sont étirées pour produire le son /i/.
  • La résonance. Elle réfère à la modification du son généré par les plis vocaux lors de son passage dans les cavités formées par notre pharynx, ainsi que l’intérieur de notre bouche et de notre nez. La résonance influence la qualité du son de la parole (son nasal comme « an » vs oral comme « a ») et dépend notamment de notre capacité à contrôler la quantité d’air qui est expulsée par le nez lorsque nous parlons. Pour empêcher l’air d’être expulsé par le nez, le voile du palais (aussi appelé palais mou) est élevé, alors que pour permettre à l’air d’être expulsé par le nez, le voile du palais est abaissé (voir figure 1). Par exemple, un trop grand passage de l’air par le nez occasionne une voix nasillarde (Kummer). Il est à noter qu’une atteinte de la résonance ou du système respiratoire est susceptible de rendre la parole moins naturelle et intelligible (ASHA). 
  • La fluidité. Elle concerne le rythme de notre parole et se caractérise entre autres par le nombre d’hésitations et de répétitions de sons lorsque nous parlons. Une parole peu fluide peut indiquer la présence de bégaiement.
  • La perception. L’habileté à détecter et percevoir de fines variations dans le signal acoustique de la parole, incluant des variations en termes d’intensité et de fréquence dans la voix d’un locuteur ou des variations dans son débit, sont aussi des éléments clés de la parole sur le plan réceptif.

 

Figure 1. Voies respiratoires supérieures (Upper respiratory system), image adaptée de BruceBlaus sous licence CC BY 3.0.

Le langage

Le langage fait référence à la compréhension ainsi qu’à la production de mots et de phrases pour transmettre une idée ou une information. Le langage peut être oral, écrit ou signé (p. ex. langue des signes québécoise). Voici les différentes sphères du langage (ASHA; Bishop et coll., 2017) :

  • Phonologie. Elle englobe l’habileté à identifier et utiliser les sons qui permettent de distinguer des mots au sein d’une langue. Par exemple, en français, il importe de distinguer les sons associés aux lettres « p » et « b » puisque des mots tels pain et bain n’ont pas la même signification.
  • Morphologie. Elle réfère aux règles qui régissent l’utilisation des morphèmes, les plus petites unités du langage porteuses de sens. Par exemple, en français écrit, le pluriel est souvent indiqué par l’ajout du morphème « s » à un nom (p. ex. des anémones). Certains morphèmes peuvent aussi être ajoutés en début ou fin de mot pour en modifier le sens. Par exemple, l’ajout du morphème « et » permet de désigner un nom de forme plus petite, comme lorsqu’on l’ajoute au mot beigne pour former le mot beignet.
  • Lexique et sémantique. Ces sphères font référence au vocabulaire et aux connaissances sur le sens des mots (p. ex. connaître le mot anémone et savoir qu’il réfère non seulement à un animal marin, mais aussi à une plante vivace colorée).
  • Syntaxe. Elle concerne les règles de combinaison des mots pour former des phrases dans une langue donnée. Par exemple, la phrase « J’aime les anémones » comporte un sujet et un prédicat (formé d’un verbe et d’un complément direct), conformément aux règles de construction de phrases en français.
  • Pragmatique. Elle réfère aux règles d’utilisation du langage dans un contexte de communication, telle qu’une conversation. Ces règles incluent le respect du tour de parole, l’ajustement du niveau de langage et du contenu du message en fonction de l’interlocuteur, etc. La pragmatique inclut également l’habileté à détecter l’humour, l’ironie et le sarcasme.

 

La communication

La communication fait référence au processus d’échange d’information avec autrui, incluant la transmission des pensées et des émotions (Bishop et coll., 2016), que ce soit au moyen de la parole, de l’écriture, des signes, des gestes, des expressions faciales et de la posture.  La communication englobe donc la parole et le langage, mais aussi la prosodie (linguistique et émotionnelle). La prosodie réfère à notre capacité à faire varier notre intonation, le rythme de notre parole et l’intensité de notre voix pour accentuer certaines syllabes ou mots et attirer l’attention de notre interlocuteur sur une information en particulier (prosodie linguistique), ou encore pour véhiculer nos émotions, de façon volontaire ou non (prosodie émotionnelle; Wilson & Wharton, 2005).

Finalement, bien que les mots parolelangage et communication soient souvent utilisés de façon interchangeable, ces mots ont des sens distincts lorsqu’ils sont utilisés dans un contexte scientifique ou clinique. Alors que la communicationest un concept large, la parole et le langage ont des sens très spécifiques. Ces distinctions sont importantes puisque les difficultés de communication peuvent affecter de façon indépendante le langage ou la parole. Ainsi, une personne ayant un trouble de la parole peut présenter des difficultés à articuler correctement, mais n’avoir aucune difficulté de langage. Inversement, une personne ayant un trouble de langage peut présenter des difficultés à comprendre le sens des mots, à former des phrases adéquates sur le plan grammatical, à respecter les tours de parole lors d’une conversation, etc., tout en n’ayant aucune difficulté relative à la parole (voix normale, articulation normale).

Autres lectures suggérées :

 

Références :­

American Speech and Hearing Association (ASHA). (2020, 1er septembre). What Is Speech? What Is Language? https://www.asha.org/public/speech/development/language_speech/

American Speech and Hearing Association (ASHA). (2020, 1er septembre). Language in brief. https://www.asha.org/Practice-Portal/Clinical-Topics/Spoken-Language-Disorders/Language-In–Brief/

American Speech and Hearing Association (ASHA). (2020, 23 septembre). Dysarthria in Adults. https://www.asha.org/PRPSpecificTopic.aspx?folderid=8589943481&section=Signs_and_Symptoms

Bishop, D.V.M., Snowling, M.J., Thompson, P.A., Greenhalgh, T., & CATALISE consortium. (2016). CATALISE: A Multinational and Multidisciplinary Delphi Consensus Study. Identifying Language Impairments in Children. PLOS ONE 11(12): e0168066. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0168066

Kummer, A.W. (2020, 23 septembre). Resonance Disorders and Velopharyngeal Dysfunction. https://www.cincinnatichildrens.org/-/media/cincinnati%20childrens/home/service/s/speech/patients/handouts/resonance-disorders-and-vpd.pdf?la=en

Wilson, D., & Wharton, T. (2006). Relevance and prosody. Journal of Pragmatics 38, 1559–1579. doi:10.1016/j.pragma.2005.04.012

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