Les parcours de vie de certaines personnes sont parfois entrelacés par le fruit du hasard… C’est le cas de Julie et Émilie, qui ont toutes deux été auxiliaires de recherche dans notre laboratoire, à des périodes se chevauchant, et qui se retrouvent en tant que collègues dans leur environnement professionnel actuel !

Nous étions curieux d’en apprendre plus sur le cheminement de Julie et Émilie depuis leur départ du labo. Marilyne, professionnelle de recherche au labo, les a donc contactées pour un petit entretien ! 

Voici les questions et réponses de cette entrevue :

Q – Alors que vous travailliez encore au laboratoire, vous avez toutes deux commencé une maîtrise professionnelle en orthophonie à l’Université Laval. Vous avez maintenant complété votre formation (diplomation en 2020 pour Julie et en 2021 pour Émilie). À quel endroit exercez-vous votre profession et auprès de quelle(s) clientèle(s) ?

Émilie – Nous travaillons toutes les deux en milieu hospitalier, mais auprès de clientèles différentes. De mon côté, j’occupe cet emploi depuis peu! Je travaille auprès d’enfants âgés de 0 à 5 ans qui ont une condition médicale ou qui sont nés prématurément. J’effectue des évaluations pour déterminer si leur langage se développe bien. Pour certains enfants qui sont hospitalisés, j’effectue également des évaluations des habiletés langagières au chevet à la demande des médecins ou des infirmières, pour investiguer s’ils ont besoin de services et les orienter au bon endroit le cas échéant (par exemple au CLSC ou en centre de réadaptation).

Q – Quel type de condition médicale peuvent-avoir les enfants que tu rencontres ?

Émilie – Il s’agit de n’importe quelle condition médicale susceptible d’entraîner des difficultés de langage. Par exemple, des enfants atteints d’épilepsie ou de neurofibromatose (une maladie génétique affectant le système nerveux). 

Q – J’imagine qu’effectuer des évaluations au chevet des enfants doit comporter certains défis ?

Émilie – Oui, c’est un contexte particulier ! On entre dans l’intimité du patient et de ses parents. Il faut généralement intervenir rapidement et utiliser les jouets présents dans la chambre en raison de certaines mesures de protection. Il faut donc innover et beaucoup questionner pour mener notre évaluation ! Par contre, la plupart de mes interventions se déroulent dans mon bureau, avec des enfants qui ont un suivi à l’externe et qui se déplacent à l’hôpital avec leurs parents.

Q – Et toi Julie ?

Julie – De mon côté, je travaille à l’hôpital depuis un peu plus d’un an. À mon arrivée, j’ai travaillé en dysphagie pédiatrique, c’est-à-dire avec des enfants qui ont des troubles de la déglutition. Contrairement à Émilie, je travaille beaucoup en soins aigus, c’est-à-dire au chevet des patients. Je me déplace souvent dans l’unité néonatale pour intervenir auprès de bébés naissants ayant des difficultés sur le plan de l’alimentation (allaitement ou biberon) et de leurs parents, mais aussi sur d’autres unités pour intervenir auprès d’enfants plus âgés ayant des difficultés de déglutition. J’ai aussi quelques suivis ponctuels en externe. C’est donc très varié ! Je collabore avec les conseillères en allaitement, les nutritionnistes, les ergothérapeutes, en plus des infirmières et des médecins, de telle sorte que mon travail est toujours effectué en équipe multidisciplinaire.

Q – Jusqu’à quel âge peuvent avoir les patients que tu rencontres ?

Julie – Ils peuvent être âgés de 0 à 17 ans. Par exemple, je peux intervenir auprès d’un enfant hospitalisé qui a des difficultés de déglutition à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Toutefois, j’interviens majoritairement auprès de nourrissons. En plus de mon travail en déglutition, depuis trois mois, je travaille aussi auprès d’une autre clientèle, soit les enfants qui présentent un bégaiement.

Q – Avais-tu travaillé auprès de cette clientèle auparavant ? 

Julie – Oui, j’ai effectué mon internat en orthophonie en dysphagie pédiatrique et en bégaiement. La combinaison des deux clientèles est intéressante. Déglutir et parler sont deux actions « mécaniques ». (Ces actions impliquent des mouvements coordonnés et précis des muscles de la bouche, de la langue, du larynx, etc. !) 

Dring, dring ! (Le téléphone sonne.) C’est justement Julie qui est sollicitée pour une intervention en déglutition, pour un bébé qui a une fente labio-palatine (une fente au niveau de la lèvre supérieure se prolongeant jusqu’au palais), et qui a besoin d’un biberon spécialisé pour boire. Julie est souvent appelée lors des heures de repas, puisque c’est à ce moment que les patients s’alimentent et qu’elle peut plus facilement exercer son travail. L’entrevue se poursuit un peu plus tard…

Q – Parlons un peu du laboratoire. Avec du recul, que retenez-vous ou qu’avez-vous apprécié le plus de votre passage au labo ?

Julie – Ce qui était agréable au laboratoire, c’était de travailler avec des personnes provenant de différents milieux, comme la linguistique, les sciences biomédicales, la médecine… Ça nous a préparées à interagir et à travailler avec des personnes qui ont des visions et des champs de compétences différents des nôtres, comme on le fait actuellement dans notre emploi.

Émilie – C’est vrai ! Je dirais aussi que le travail au labo nous a aidées à développer une méthodologie de travail. Le travail y était très organisé et on utilisait de multiples tableaux Excel… Cette expérience m’a permis de développer des outils pour travailler de manière organisée, claire, élaborée et précise. Comme nous rencontrons plusieurs patients au cours d’une journée et que nous devons intervenir rapidement dans certaines situations, avoir une bonne méthodologie de travail est important pour se retrouver facilement dans nos dossiers et pouvoir reprendre plus facilement une tâche interrompue par une autre plus prioritaire.

Julie – Au laboratoire, on a aussi beaucoup appris sur la mécanique de la parole, ce qui nous a bien préparées pour notre travail en pratique clinique.

Émilie – En plus, on a beaucoup utilisé l’alphabet phonétique international ! Ça aide énormément pour transcrire rapidement les résultats à un bilan phonologique (un test permettant d’évaluer l’habileté à prononcer les différents sons de la parole). Un autre élément que j’ai développé est ma pensée critique, notamment en apprenant à me questionner lors de la lecture d’articles scientifiques. Dans mon travail, ça m’est utile, par exemple, pour déterminer la fiabilité et la validité d’un test, et donc d’avoir une pensée plus critique envers les outils que j’utilise.

Julie – On a aussi davantage le réflexe d’aller chercher des réponses à nos questions sur les bases de données scientifiques. C’est quelque chose qu’on apprend à l’école, mais comme on a eu à le faire dans le cadre de notre travail au labo, on est peut-être plus enclines à le faire et plus rapides pour fouiller sur les bases de données. On peut ainsi appuyer nos recommandations sur des données probantes. Par exemple, si je lis dans des articles scientifiques que les patients atteints d’une condition médicale X sont à risque de présenter des aspirations silencieuses (une difficulté de déglutition qui consiste au passage de liquides et d’aliments vers les poumons sans qu’il n’y ait de manifestation visible comme la toux), je risque de recommander qu’un patient ayant cette condition effectue une cinédéglutition.

Q – Pourrais-tu fournir une petite définition de la cinédéglutition pour nos lecteurs ?

Julie – C’est une évaluation sous rayons X, qui permet de voir en temps réel le fonctionnement du mécanisme de déglutition, pendant que le patient s’alimente. Au lieu d’obtenir une photo, comme c’est le cas avec les radiographies, on voit les structures en action. L’examen nous permet par exemple de voir si l’épiglotte (une structure à l’entrée du larynx qui s’abaisse pour fermer et protéger les poumons lors de la déglutition, voir figure 1) bascule au bon moment, si elle bascule complètement, etc.

 Figure 1. Voies respiratoires supérieures (Upper respiratory system), image adaptée de BruceBlaus sous licence CC BY 3.0.

Q – Merci, Julie, bien vulgarisé ! J’aurais une dernière question à vous poser. Selon vous, quelle est la différence la plus importante entre la recherche et la pratique clinique ?

Julie – En recherche, on contrôle le plus de variables possible dans les expérimentations, alors qu’en pratique clinique, il faut prendre en considération le patient dans sa globalité.

Émilie – Par exemple, une intervention peut être démontrée efficace dans la littérature scientifique pour les patients ayant un profil en particulier, mais elle pourrait ne pas être applicable à l’ensemble des patients que nous rencontrons, qui ont des profils diversifiés. Une recommandation appuyée par la littérature scientifique pourrait aussi ne pas convenir aux priorités des parents ou ne pas être applicable dans leur situation familiale. On doit prendre plusieurs éléments en considération, dont les préférences, le niveau de collaboration, l’état et la condition médicale de la personne qui est avec nous.

Julie – Les participants qui venaient au laboratoire pour participer aux projets de recherche étaient volontaires et motivés à y prendre part, alors que les personnes en soins aigus se retrouvent à l’hôpital malgré elles et peuvent avoir différentes priorités quant à leur rétablissement. Elles peuvent aussi éprouver de la douleur et ne pas être disponibles pour travailler leurs habiletés à ce moment-là, alors qu’elles pourraient être prêtes à le faire plus tard dans leur processus de guérison, en centre de réadaptation par exemple.

Q – Julie et Émilie, merci beaucoup pour vos réponses et le temps précieux que vous nous avez accordé. Auriez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ?

Julie – C’est vraiment une belle expérience pour nous d’avoir travaillé au labo, on y pense encore souvent !

Émilie – On communique encore avec nos anciens collègues du labo, on y a créé de belles amitiés !

Julie et Émilie, toute l’équipe du labo vous souhaite la meilleure des chances dans vos carrières professionnelles. N’hésitez pas à revenir nous voir de temps en temps, votre présence est toujours fort appréciée !

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