jeudi, 16 avril 2020 19:12

Rédaction et montagnes

La première étude du projet de recherche de Valérie, étudiante en passage accéléré au doctorat, arrive à son étape ultime : l’écriture d’un article scientifique. Tout un voyage !

Il y a un an et demi, Valérie a commencé par préparer son projet de recherche — beaucoup d’étapes préliminaires —, puis a procédé à une étude pilote (22 participants) pour valider sa tâche expérimentale avec son collègue Maxime, étudiant à la maîtrise.

Valérie a maintenant complété sa récolte de données, grâce à 34 participants, effectué les analyses des résultats et lu un nombre impressionnant d’articles scientifiques en lien avec son projet : l’utilisation de la stimulation magnétique transcrânienne (TMS) pour influencer la capacité à percevoir la parole dans le bruit. La voilà prête à mettre toutes ces informations sur papier.

Plusieurs sections d’un article scientifique peuvent être écrites ou préparées en parallèle à la récolte de données. Pascale Tremblay, directrice du labo, encourage d’ailleurs ses étudiants à écrire la section sur les méthodes utilisées, directement en anglais, au fur et à mesure de l’avancée du projet. De cette façon, aucune information n’est oubliée ou perdue. Valérie a aussi analysé et monté ses résultats sous forme de graphiques de façon continue, en plus de tenir sa bibliothèque de références à jour. Comme la majorité du travail de recherche, la rédaction des articles est effectuée en équipe. Une personne est responsable de la rédaction et sera la première auteure de l’article — ici c’est Valérie — mais participent aussi à la rédaction la directrice du laboratoire et les collaborateurs au projet, s’il y en a. Dans le cas de Valérie, son article est co-écrit avec Pascale. Plusieurs allers-retours entre Valérie et Pascale ont déjà été effectués, et les sections Méthodes et Résultats sont pratiquement terminées. L’enjeu est de décrire clairement et efficacement toutes les étapes effectuées.  Ainsi, l’article est presque terminé ? Pas si vite !

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Il reste effectivement les sections « Introduction » et « Discussion ». Une montagne de travail !  L’introduction joue un rôle important d’entrée de jeu : elle apporte des informations sur le cadre théorique et le contexte de la recherche. Pourquoi faire cette étude ? Quels sont les objectifs et les hypothèses des auteurs ? Elle offre aussi une justification des choix des auteurs, met en valeur l’originalité des idées et apporte les définitions nécessaires à la compréhension de l’article. La difficulté réside dans le choix, l’ordre et la concision des informations à y intégrer. Il faut aussi bien maîtriser la littérature scientifique sur le sujet. Une fois l’introduction écrite, il restera la discussion !

Maxime pensait écrire la discussion de son article en 2 semaines. C’est finalement un travail ardu qui s’est écoulé sur 2 mois. En tout, c’est une dizaine de versions, relues par Pascale et par Josée Vaillancourt, notre collaboratrice de la Faculté de musique et co-auteure de l’article de Maxime ! Pourquoi la discussion est-elle si complexe ? Alors que la section « résultats » présente les données de recherche et les analyses statistiques effectuées de façon factuelle, la discussion explique la signification et la portée des résultats et les relie aux hypothèses et objectifs énoncés en introduction. Est-ce que les objectifs ont été atteints ? Les hypothèses vérifiées ? La discussion met aussi les résultats en lien avec le cadre théorique. Qu’apportent ces résultats de nouveau, quelle est leur contribution à l’avancement du domaine ? Est-ce que ces résultats concordent avec les études précédentes ? Sinon, pourquoi ? Finalement, la discussion permet de présenter les implications des résultats, la suite du projet et les limites de l’étude. Il s’agit de la partie la plus exigeante sur le plan intellectuel, celle qui nécessite le plus de réflexion critique et de recul.

La rédaction n’est pas une tâche qui doit effrayer les futurs chercheurs et chercheuses: la rédaction fait en effet partie intégrante de la recherche, et une portion de temps importante doit lui être dévouée pour la rédaction d’articles, de rapports de recherche, de demandes de fonds, etc. Il faut ainsi aimer la rédaction pour travailler en recherche… et être prêt à réécrire ses textes à la suite des commentaires de sa directrice de recherche et des collaborateurs ! Un aspect important de la formation des étudiants en recherche est donc la formation à la rédaction et l’acceptation de la critique constructive. L’écriture scientifique est en effet particulière, car elle est collaborative, et elle doit être simple dans sa forme (malgré un contenu complexe), logique, synthétique, appuyée par d’autres écrits scientifiques, et efficace. Les étudiants et étudiantes rédigent (dans notre laboratoire) leurs articles en anglais, mais leurs travaux et leur thèse en français. Ils doivent donc maîtriser l’écriture scientifique dans deux langues : il s’agit d’un apprentissage de longue haleine demandant beaucoup de temps et d’efforts ! La capacité à rédiger de manière concise, logique et efficace en anglais et en français est une compétence facilement transférable, qui sera utile en recherche, mais aussi dans plusieurs autres professions !

Ne reste plus à Valérie qu’à mettre son équipement d’alpinisme, et à se lancer dans l’ascension de son introduction et de sa discussion !

Dernière modification le jeudi, 16 avril 2020 19:18

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À propos

Le laboratoire des neurosciences de la parole et de l’audition, dirigé par Pascale Tremblay, Ph.D., se spécialise dans la recherche en neurosciences cognitives du langage. Nos travaux, fondamentalement multidisciplinaires, portent principalement sur les bases neurobiologiques de la perception et la production du langage et de la voix, et sur les facteurs qui affectent notre habileté à communiquer en contexte social (âge, cognition, audition, etc.).