mercredi, 25 septembre 2019 20:10

Qui finance la recherche académique ?

Au Québec, la recherche scientifique s’effectue en grande partie dans les établissements d’enseignement supérieur, c’est-à-dire dans les universités, et dans une moindre mesure, dans les Cégeps. La recherche effectuée dans ces établissements, appelons-là « académique », mobilise des milliers de chercheurs et de chercheuses, de professionnel (le) s de recherche et d’étudiant(e)s.

Selon les Fonds de recherche du Québec (FRQ), le budget annuel de la recherche universitaire est d’environ 3 milliards de dollars annuellement. Mais qui finance tous ces efforts? Et pourquoi cette question est-elle importante?

La recherche doit être effectuée librement, à l’abri des pressions et sans autre objectif que celui de faire avancer les connaissances. Elle ne doit pas être mise au service du pouvoir, ni celui d’intérêts privés. Par exemple, si une étude démontre qu’un nouveau médicament ne fonctionne pas mieux que son compétiteur, ce résultat doit être publié, n’en déplaise à la compagnie pharmaceutique qui a développé le médicament. De la même manière, si une étude révèle qu’un programme gouvernemental ne règle en rien le problème social auquel il s’attaquait, les scientifiques ont le devoir de publier ce résultat qu’il plaise ou non à l’appareil gouvernemental ou à la classe politique.
L’une des manières de préserver l’indépendance de la recherche est de s’assurer que les organismes qui financent la recherche n’interfèrent pas avec le déroulement de celle-ci. Les scientifiques ont d’ailleurs l’obligation de divulguer toutes leurs sources de financement dans les publications scientifiques, ainsi que tous leurs conflits d’intérêts, même si les exigences en ce sens varient beaucoup d’une revue scientifique à une autre.

Au Québec, la recherche universitaire est en bonne partie financée par des organismes publics qui ont mis en place des systèmes permettant de préserver son indépendance. La figure ci-dessous, adaptée des données fournies par le FRQ, illustre les sources de financement de la recherche académique. On note qu’environ 47 % de la recherche est financée à même le budget des universités. 

4

Un autre 36 % provient des fonds provinciaux ou fédéraux. La figure suivante illustre les 3 fonds provinciaux (FRQ-S, FRQ-NT et FRQ-SC) et 3 organismes fédéraux (IRSC, CRSNG et CRSH) ainsi que leur secteur de financement.

5

En tout, c’est donc environ 83 % de la recherche académique qui est financée par des fonds publics. Il s’agit d’une bonne nouvelle! Pourquoi? Parce que les universités et les différents fonds de recherche fédéraux et provinciaux ont mis sur pieds des systèmes rigoureux d’évaluation des projets de recherche par les scientifiques eux-mêmes. Un système qui n’est pas sans faille, mais qui vise à préserver la liberté de recherche universitaire. Le processus d’évaluation est indépendant de la classe politique, des groupes de pression et des entreprises.

Le pouvoir politique peut tout de même intervenir dans le financement de la recherche, par exemple en identifiant des « secteurs prioritaires », ou en modifiant le montant annuel alloué aux fonds de recherche; mais il ne peut pas s’ingérer dans la sélection des projets qui seront financés, dans le déroulement des projets financés ou dans la divulgation des résultats de ces projets. Les scientifiques qui travaillent en milieu académique sont donc en bonne partie à l’abri des pressions et peuvent mener des recherches librement!

Par contre, tous les types de recherche n’ont pas la même chance d’être financés, même par les fonds publics, et la situation est similaire un peu partout dans le monde à des degrés divers. Les grilles d’évaluation mises sur pieds par les agences de financement peuvent en effet favoriser certains types de recherche au détriment d’autres approches jugées moins adéquates ou de questions jugées moins prioritaires. L’un des grands enjeux au Canada est en effet de valoriser et financer la recherche dite « fondamentale », « pure » ou « théorique », qui vise à faire avancer les connaissances dans des domaines précis sans préoccupation pratique immédiate. La tendance actuelle est à la valorisation de la recherche appliquée, laquelle vise à trouver des solutions pratiques à des problèmes concrets. Même si ce type de recherche est essentiel, il ne faut pas oublier qu’il repose sur des connaissances générées par la recherche fondamentale, et que le financement de celle-ci est donc lui aussi extrêmement important.

Comme l’argent public n’est pas suffisant, la recherche académique est également financée à la hauteur d’environ 9 % par des organismes privés à but non lucratif (p. ex. la Fondation du Cœur, la Société Alzheimer Canada, La Fondation Drummond), 8 % par des entreprises et 1 % par l’étranger, surtout à travers de grands projets multisites et des partenariats, par exemple avec le National Institute of Health (NIH), importante agence fédérale sur la recherche médicale aux États-Unis. Le financement privé est nécessaire puisque les fonds publics ne sont pas suffisants, mais soulève des enjeux, notamment quant à la préservation de l’indépendance des chercheurs et des chercheuses.

À lire aussi :

Pour plus d’informations, et obtenir le graphique complet sur le financement de la recherche et développement dans son ensemble, visitez ce site : http://www.scientifique-en-chef.gouv.qc.ca/chiffres-cles-recherches/flux-de-la-dird-le-poids-des-differents-acteurs/

Voir aussi :
https://globalyoungacademy.net/publications/restoring-canadas-competitiveness-in-fundamental-research-the-view-from-the-bench/ 

https://www.nature.com/articles/d41586-019-00852-0 

https://www.nature.com/news/survey-reveals-basic-research-in-canada-is-falling-by-the-wayside-1.22224 

Dernière modification le vendredi, 18 octobre 2019 20:15

Éléments similaires (par tag)

Plus dans cette catégorie : Cycles universitaires et compétences »

À propos

Le laboratoire des neurosciences de la parole et de l’audition, dirigé par Pascale Tremblay, Ph.D., se spécialise dans la recherche en neurosciences cognitives du langage. Nos travaux, fondamentalement multidisciplinaires, portent principalement sur les bases neurobiologiques de la perception et la production du langage et de la voix, et sur les facteurs qui affectent notre habileté à communiquer en contexte social (âge, cognition, audition, etc.).