vendredi, 12 février 2021 19:38

Amour et communication

Mon chéri, ma douce, mon cœur… tant de mots pour exprimer notre amour et notre affection ! Les moyens de communiquer notre amour ou notre intérêt envers une autre personne sont toutefois loin de se limiter aux petits mots doux. 

En effet, d’autres aspects de la communication jouent un rôle primordial. 

Commençons avec la communication verbale et plus spécifiquement le langage, qui est un des sujets de recherche de notre labo. Le langage permet de manifester son intérêt envers l’autre. Par exemple, l’utilisation de mots du type «uh-huh »,  « exact » et « oui » encouragent la conversation et indiquent notre attention envers notre interlocuteur (Duncan, 1972). De plus, le style de langage utilisé pourrait prédire l’intérêt romantique envers une autre personne. C’est ce que suggère les résultats d’une étude dans laquelle des participants et participantes prenaient part à des rencontres de type speed-date (Ireland et coll., 2011). L’équipe de recherche a analysé les mots fonctions, tels les adverbes (p. ex. vraiment, plutôt) et les conjonctions (p. ex. mais, parce que) utilisés par les deux partenaires. L’équipe a ensuite mesuré le degré de similitude quant à l’usage de ces mots entre les deux partenaires. Les résultats ont indiqué que plus le style de langage était similaire, plus les chances qu’ils souhaitent mutuellement se revoir étaient élevées. Le fait d’avoir un langage coordonné ou aligné avec celui de l’autre pourrait donc faciliter l’initiation d’une relation amoureuse (Ireland et coll., 2011). Tout ceci sans oublier que c’est grâce au langage qu’on peut le plus clairement exprimer son amour grâce à trois petits mais ô combien importants mots !

Facebook_-_Amour_et_communication.png

L’attirance serait également influencée par la hauteur de la voix. En effet, les hommes tendent à percevoir les voix plus aiguës comme étant plus attirantes, alors que les femmes tendent à préférer les voix plus graves (Hodges-Simeon et coll., 2010; Re et coll., 2012). Lorsque vous vous adressez à quelqu’un qui vous plaît, avez-vous l’impression de moduler la hauteur de votre voix ? Si oui, vous n’êtes pas seuls ! Une équipe de recherche a présenté des images d’hommes à des participantes, qui devaient ensuite leur laisser un message vocal enregistré. À la suite de l’expérimentation, les chercheurs et chercheuses demandaient aux participantes d’identifier leur degré d’attirance envers les différents visages qui leur avait été présentés. Il s’est avéré que les femmes tendaient à utiliser une voix plus aiguë lorsqu’on leur avait présenté des visages qu’elles jugeaient plus attirants (Fraccaro et coll., 2011).

Lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, plusieurs signaux peuvent aussi lui être envoyés grâce à notre non-verbal, lesquels sont susceptibles d’influencer l’intérêt qu’il nous porte. Parmi les moyens de communication non-verbale souvent jugés positifs, on note les sourires, un ton de voix chaleureux, un contact visuel direct, les hochements de tête et se pencher ou s’avancer vers l’autre (Floyd et coll., 1984; Gonzaga et coll., 2001; Hietanen et coll., 2018). Au contraire, les froncements de sourcils et un ton de voix détaché sont généralement considérés comme étant négatifs (Floyd et coll., 1984).

Certains groupes de recherche ont tenté de mesurer l’influence de moyens de communication non-verbale sur l’interlocuteur, puisque, même si elle est cruciale, la communication verbale peut être inconsciente. Par exemple, Ho et Newell (2020) ont présenté à des participants et participantes des visages arborant soit une expression de joie ou de colère et leur ont demandé de coter le degré d’attirance pour chacun d’eux. Ils ont observé que les visages souriants étaient perçus comme étant davantage attirants. Une autre équipe de recherche a étudié l’influence du contact visuel en mesurant notamment l’activité de muscles du visage (le muscle zygomatique, qui relève les coins de notre bouche lorsque nous sourions, ainsi que le muscle corrugateur, qui nous permet de froncer les sourcils) chez les participants et participantes (Hietanen et coll., 2020). Lorsqu’un contact visuel direct était dirigé à leur endroit, l’activité du muscle zygomatique était augmentée et l’activité du corrugateur diminuée. Ainsi, le regard direct de l’autre engendrait un sourire chez les personnes participant à l’étude et constituerait donc un signal interprété de manière positive (Hietanen et coll., 2020).

Finalement, une équipe de recherche s’est intéressée à la façon dont les mouvements de notre corps peuvent traduire notre intérêt envers un partenaire potentiel lors d’une première rencontre. Pour étudier ce phénomène, l’équipe a organisé avec des participants et participantes des rencontres de type speed-date, pendant lesquelles leurs mouvements étaient captés (Chang et al., 2021). À la suite de chaque rencontre, les participants et participantes indiquaient leur intérêt à revoir le ou la partenaire avec qui ils avaient échangé. Eh bien l’équipe de recherche a observé que des mouvements d’approche et de recul synchronisés avec ceux du partenaire prédisaient un plus grand intérêt à développer une relation à long terme avec lui ou elle !

Que ce soit de façon consciente ou non, il ne fait nul doute que les humains disposent d’une foule de moyens de communiquer leur intérêt envers une personne qui leur plaît. Ces moyens font appel au langage et à la voix (un élément important de la parole que nous étudions au laboratoire !), ainsi qu’au non-verbal. La prochaine fois que vous déclarerez votre flamme ou que votre tendre-moitié s’adressera à vous, peut-être porterez-vous davantage attention à cette diversité de signaux !

 

Références :

Chang, A., Kragness, H. E., Tsou, W., Bosnyak, D. J., Thiede, A., & Trainor, L. J. (2021). Body sway predicts romantic interest in speed dating. Soc Cogn Affect Neurosci, 16(1-2), 185-192. doi:10.1093/scan/nsaa093

Duncan, S. (1972). Some signals and rules for taking speaking turns in conversations. J Pers Soc Psychol, 23(2), 283-292. doi:10.1037/h0033031

Floyd, F. J., & Markman, H. J. (1984). An economical observational measure of couples' communication skill. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 52(1), 97–103. doi: 10.1037/0022-006X.52.1.97

Fraccaro, P. J., Jones, B. C., Vukovic, J., Smith, F. G., Watkins, C. D., Feinberg, D. R., Little, A. C., & DeBruine, L. M. (2011). Experimental evidence that women speak in a higher voice pitch to men they find attractive. Journal of Evolutionary Psychology, 9(1), 57–67. doi: 10.1556/JEP.9.2011.33.1

Gonzaga, G. C., Keltner, D., Londahl, E. A., & Smith, M. D. (2001). Love and the commitment problem in romantic relations and friendship. J Pers Soc Psychol, 81(2), 247-262. doi:10.1037//0022-3514.81.2.247

Hietanen, J. K., Helminen, T. M., Kiilavuori, H., Kylliainen, A., Lehtonen, H., & Peltola, M. J. (2018). Your attention makes me smile: Direct gaze elicits affiliative facial expressions. Biol Psychol, 132, 1-8. doi:10.1016/j.biopsycho.2017.11.001

Ho, P. K., & Newell, F. N. (2020). Turning Heads: The Effects of Face View and Eye Gaze Direction on the Perceived Attractiveness of Expressive Faces. Perception, 49(3), 330-356. doi:10.1177/0301006620905216

Hodges-Simeon, C. R., Gaulin, S. J., & Puts, D. A. (2010). Different Vocal Parameters Predict Perceptions of Dominance and Attractiveness. Hum Nat, 21(4), 406-427. doi:10.1007/s12110-010-9101-5

Ireland, M. E., Slatcher, R. B., Eastwick, P. W., Scissors, L. E., Finkel, E. J., & Pennebaker, J. W. (2011). Language style matching predicts relationship initiation and stability. Psychol Sci, 22(1), 39-44. doi:10.1177/0956797610392928

Re, D.E., O’Connor, J.J.M., Bennett, P.J., Feinberg, D.R. (2012). Preferences for Very Low and Very High Voice Pitch in Humans. PLoS ONE 7(3): e32719. doi:10.1371/journal.pone.0032719

 

Dernière modification le vendredi, 12 février 2021 20:31

À propos

Le laboratoire des neurosciences de la parole et de l’audition, dirigé par Pascale Tremblay, Ph.D., se spécialise dans la recherche en neurosciences cognitives du langage. Nos travaux, fondamentalement multidisciplinaires, portent principalement sur les bases neurobiologiques de la perception et la production du langage et de la voix, et sur les facteurs qui affectent notre habileté à communiquer en contexte social (âge, cognition, audition, etc.).