lundi, 16 septembre 2019 13:34

Neurosciences cognitives et gauchers

Dans les prochaines semaines, vous ne manquerez pas de remarquer une activité accrue de notre laboratoire pour le recrutement de participants. Deux projets sont en effet en recrutement actif. Si les critères d’éligibilité diffèrent entre ces 2 études, un point commun ressort cependant : les gauchers sont exclus !

Ceci peut sembler surprenant, voire même décevant, mais il s’agit d’un critère commun à toutes les études portant sur le langage et le cerveau ainsi qu’à la plupart des études portant sur le contrôle des mouvements. Pourquoi ? Parce que l’organisation du cerveau des gauchers est différente de celle de la majorité de la population, c.-à-d. des droitiers (seulement 1 personne sur 10 est gauchère).

Qui dit main dominante, dit hémisphère cérébral dominant.

La latéralisation du cerveau, c.-à-d. l’importance du sens gauche-droit dans notre corps se reflète, par exemple, dans le traitement des informations nerveuses qui se croisent dans notre moelle épinière : l’hémisphère droit contrôle les mouvements du bras et de la jambe gauche, et vice versa. Il en va de même pour le traitement des informations sensorielles. L’hémisphère gauche est dominant chez les droitiers, alors que l’hémisphère droit l’est chez les gauchers.
Le cas du langage est différent !

En effet, chez presque tous les droitiers et la majorité des gauchers, l’hémisphère gauche serait dominant par rapport aux processus langagiers. On appelle ce phénomène une latéralisation des fonctions. Pour le langage, cette latéralisation est relative, c’est-à-dire que l’hémisphère droit participe à plusieurs aspects du langage, mais dans une proportion moindre que l’hémisphère gauche.

Et chez les gauchers ?

Henningsen et al (1) ont démontré avec une étude sur 326 adultes en santé que cette dominance est différente. Chez seulement 4 % des personnes droitières, c’est l’hémisphère droit qui domine, alors que cette proportion monte à 15 % chez les personnes ambidextres et à 27 % chez les personnes gauchères. Bref, une personne gauchère a plus de chances d’avoir un hémisphère droit dominant pour le langage qu’une personne droitière.

Pourquoi exclure les gauchers ?

Cette organisation particulière du cerveau des gauchers n’est aucunement négative ou problématique. Elle complique cependant l’interprétation des données d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et de stimulation du cerveau. En effet, si une région de l’hémisphère gauche, par exemple le planum temporal, est spécialisée dans le traitement des sons pour les droitiers, mais pas pour les gauchers, l’anatomie, la connectivité et le fonctionnement de cette région pourraient différer d’un participant à l’autre en fonction de sa latéralisation.

 

Être gaucher est loin cependant d’être un handicap ! Voici quelques suggestions de lectures estivales :

Article fort intéressant sur les avantages du gaucher dans le monde du sport : https://www.lapresse.ca/vivre/sante/en-forme/201611/30/01-5046584-lateralite-dans-le-sport-avantage-a-gauche.php

Pourquoi y a-t-il plus de droitiers ? https://naitreetgrandir.com/fr/nouvelles/2017/09/06/20170906-comment-enfants-deviennent-droitiers-gauchers/

Des baleines ambidextres ? (texte en anglais) https://www.newscientist.com/article/2153956-whales-switch-from-right-to-left-handed-when-diving-for-food/

 

Source :

(1) : Knecht, S., Dräger, B., Deppe, M., Bobe, L., Lohmann, H., Flöel, A., Ringelstein, E.B., Henningsen, H. (2000) Handedness and hemispheric language dominance in healthy humans. Brain, 123 Pt 12:2512-8. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11099452
Crédit photo : ElisaRiva/Pixabay

Dernière modification le vendredi, 18 octobre 2019 20:21
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À propos

Le laboratoire des neurosciences de la parole et de l’audition, dirigé par Pascale Tremblay, Ph.D., se spécialise dans la recherche en neurosciences cognitives du langage. Nos travaux, fondamentalement multidisciplinaires, portent principalement sur les bases neurobiologiques de la perception et la production du langage et de la voix, et sur les facteurs qui affectent notre habileté à communiquer en contexte social (âge, cognition, audition, etc.).