Projets en cours 

Neurobiologie de la parole et de la voix

Nos projets de recherche, financés par le CRSNG, portent sur les mécanismes neurologiques à la base de la production, de la perception et de la compréhension du langage et de la voix. Nos travaux visent à mieux comprendre comment les sons du langage (les phonèmes et les syllabes) sont perçus et comment ils sont produits. Nous utilisons l’imagerie par résonance magnétique et la stimulation magnétique transcrânienne pour identifier les mécanismes neurologiques impliqués dans le traitement des sons de la parole, notamment les mécanismes impliqués dans l’identification et la discrimination des sons. Nous travaillons également sur les mécanismes de segmentation et de traitement statistique des sons perçus. Nous nous intéressons aux liens entre la structure (morphologie) du cerveau (p.ex. épaisseur corticale, volume de matière grise, connectivité) et les habiletés verbales, notamment de débit de parole, la qualité articulatoire et la capacité à percevoir des sons rapides ou ambigus. Nos recherches visent également à comprendre la nature des liens entre les représentations et les mécanismes utilisés en perception de la parole et ceux utilisés en production de la parole. 

Comme nos travaux portent surtout sur les mécanismes sous-lexicaux (nous travaillons beaucoup au niveau de la perception et de la production de la syllabe), nous avons créé une base de données sous-lexicale du français québécois oral (SyllabO, http://speechneurolab.ca/fr/syllabo) grâce à une subvention du Conseil canadien de recherche en science sociales et humaines (CRSH), en collaboration avec les professeurs Johanna-Pascale-Roy de l’Université Laval, Patrick Drouin de l’Université de Montréal et Uri Hasson de l’Université de Trento en Italie. Cette base de donnée nous permettra d’obtenir des statistiques précises sur l’utilisation des différentes syllabes du français québécois parlé. Cette information nous permet de construire des stimuli dont nous pourrons manipuler expérimentalement (ou contrôler) la fréquence d’utilisation, les fréquences de cooccurrence des différentes syllabes ainsi que leur probabilité de transition et d’étudier la relation entre ces caractéristiques distributionnelles et la difficulté articulatoire chez les jeunes adultes et les personnes âgées, et éventuellement chez des populations pédiatriques également. Nous pourrons également continuer à étudier les mécanismes neurologiques qui permettent à l’humain, dès les premiers mois de la vie, d’utiliser des statistiques comme la fréquence d’utilisation des syllabes, leurs probabilités de transition, leur fréquence de cooccurrence et autres afin de segmenter le signal de la parole en mots et d’accéder au sens. 

Nos travaux visent également à mieux comprendre les mécanismes généraux impliqués dans la préparation motrice de la parole. Ces mécanismes, qui incluent la sélection, l’initiation et l’inhibition des programmes moteurs, ainsi que le séquençage de multiples programmes moteurs pour la production de mouvements enchainés, sont essentiels à la production du langage, mais aussi à la production de tous les autres types de mouvements volontaires. Malgré leur importance, ces mécanismes ont été très peu étudiés dans le contexte de la parole. Nos recherches visent donc à caractériser l’apport de ces mécanismes généraux dans le contrôle de la parole, de même que la manière dont ces mécanismes généraux interagissent avec les mécanismes propres au langage, et à développer des modèles neurobiologiques du langage plus complets et plus réalistes sur les plans neuroanatomique et neurophysiologique. Mieux comprendre les liens entre le langage et les autres comportements volontaires complexes est essentiel pour révéler les mécanismes sous-jacents et leurs champs d’application. Cette connaissance permettra le développement de nouvelles stratégies de réadaptation basées sur l’utilisation de ces mécanismes partagés. En effet, les traitements ciblant un système, par exemple le système qui sous-tend la production de la parole ou de la voix, peuvent avoir des effets croisés importants et ainsi améliorer le fonctionnement de d’autres systèmes, comme celui de la déglutition. Afin de développer de nouveaux types d’interventions s’appuyant sur ces principes, il est essentiel de mieux comprendre les éléments de contrôle neurologiques des actions qui sont partagés, c’est à dire les mécanismes qui ne sont pas spécifiques à la production d’un seul type d’action.

 

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